mercredi 25 décembre 2013

Faim de désert



08/12/13 dans le désert à 34km d'atbara 
J115 - Etape 93 - 96km 

Avant d'aller me coucher le proprio de la cafétéria me propose de dormir sur une vielle caisse en bois, il me la présente, s'allonge dessus et finit au fond, nous rions de bons coeurs, il ressort et réajuste le couvercle. Des clous sortent des côtés, il m'apporte une bâche pour faire office de matelas mais finalement je m'en servirai pour mettre cela en dessous de mon matelas et dormir par terre. Cet homme et les soudanais en général sont extrêmement gentils.
Durand la nuit, je suis plusieurs fois réveillé par un âne aux pattes de devant attachées qui fait le tour de la cafétéria en clopinant et aussi par John qui le chasse car il tente de manger des choses dans ces sacoches. 
Ce matin, John est plus en forme, peut-être grasse aux antibios et aussi aux herbes et à la décoction que lui à fait boire le tenancier. Du coup après avoir pris le petit déj ensemble, nous leurs faisons goûter la semolina (semoule avec du lait), nous partons rapidement car le vent n'est pas encore tout à fait levé.
Nous faisons 50km en ne nous arrêtant qu'une fois, pour que John mange plus, il n'avait rien mangé la veille, sous un grande arbre, la plaine est en parsemée. Au 50km, ce sera à nouveau l'ombre du mur d'enceinte d'un pylône téléphonique qui nous servira de refuge. Pas 2 secondes que nous sommes arrêtés que déjà quelqu'un vient, c'est le "gardien" du pylône qui habite dans une pièce de terre juste à côté. Mais John a besoin de dormir et moi je suis las de répéter toujours les mêmes choses en arabe, et puis j'ai envie de tranquilité.
Le jeune homme repart mais reviendra plus tard pour nous demander de l'aide pour pousser sa voiture qui n'a plus de batterie, encore une scène de film. Nous arrivons à la démarrer mais allez savoir pourquoi, il remettra sa voiture juste en haut d'une petite pente, en vue d'un futur démarrage?
Une fois repartie, nous avançons bien, soit sans le vent, soit le vent dans le dos et passons par des collines que la route coupe en deux, nous faisons encore 45km, sur les bords de route de nombreux troupeaux de chèvres souvent gardés par un jeune homme sur son âne. Nous laissons passer une méharie de dromadaires avec pleins de jeunes tout fous, jouant autour de leurs mères.
Dans une cafétéria qui ressemble aux villes des western, nous prendrons assez d'eau pour la nuit. Nous n'irons pas jusqu'à Atbara ce soir. Nous cherchons des dunes de sable, on s'habitue à son petit confort, mais ce n'est que de la plaine qui s'offre à nous. Parfois de petits monticules de sable et de cailloux sont visibles mais rien de naturel, je pense que ce sont des tas posés par des camions lors du remblement de la route. Nous y posons le camps, rapide répas de spagetti (difficile à trouver au Soudan) avec sauce oignons, ail, pâte d'arachide, concentré de tomates et thon. Il est 19h30, John naze va se coucher. Notre traversée du désert touche à sa fin.

mardi 24 décembre 2013

Problèmes techniques

Le 07/12/13 à désert pk 124km
Jour 114 - Etape 92 - 28 km

Même topo que la veille, le vent est à nouveau présent, je me lève plutôt que John ce qui est mauvais signe. Celui-ci n'est pas très en forme, il n'a pas d'appétit et ne déjeune pas. Nous faisons demi tour pour retourner à la précédente cafétéria, 2km avant toujours pour des histoires d'eau. John arrivera à boire une boisson sucrée. Nous commençons à rouler et c'est dur pour moi alors j'imagine pour lui.
Nous faisons 10km et tout à coup un petit bruit suspect en provenance de mon dérailleur arrière, John dit "spoke", je lui dis "tu m'as traité de quoi?", effectivement il a raison, j'arrive à voir que un des mes rayons arrières est cassé, en plus du côté de la caissette, pour les techniciens. Et bien ce sera un bon exercice dans le désert soudanais. Pendant que je m'y attele, john tente de dormir sous l'ombre de son vélo. J'arrive à changer le rayon en n'enlevant que la caissette sans démonter le pneu et chambre à air, heureusement que les têtes de rayons sont identiques. Côté voile je fais au mieux avec ce que j'ai, c'est à dire un stylo, 2 bouts de rayons et du scoth, ça a l'air d'aller, on verra sur Khartoum pour les ajustements. Et puis on est dans un pays qui pratique la charia, on ne m'en voudra pas si j'ai un léger voile.
 
Nous repartons après 45min mais John n'en peut plus et nous profitons de l'ombre du mur d'enceinte d'un pylône téléphonique pour nous mettre au frais et qu'il se repose. Pause d'1 heure et nous repartons direction la prochaine cafétéria pour faire une pause plus longue. Heureusement pour nous, elle n'est pas loin et nous demandons si John peut y dormir à l'ombre.
Je passerai l'après midi sur les nattes sous un toit fait de branchage, de cartons et de vieilles taules, à écrire et à essayer de comprendre ce que l'on me dit.
La cafétéria est tenue par le père et le fils de 8ans qui ne sait ni lire ni écrire, l'école est trop loin par contre il fait la lessive, s'occupe des ânes et sert le thé. Il a quand même un portable. J'ai du mal à imaginer la vie d'un enfant dans un trou désert comme celui-ci. Notre venue doit lui changer de son quotidien, vu les regards qui nous lance.

John n'aura pas la force de continuer et nous passerons surement la nuit ici.
À un moment, une voiture s'arrête et un homme descend avec une énorme pastèque que nous dévorons, il la découpe avec son couteau caché sous la manche de sa djelaba. Le père donne des plantes à mastiquer à John ainsi qu'une décoction puis ira chercher à manger avec son âne mais je ne sais pas d'où. 
Nous mangeons un foul assis en tailleur sur une natte pendant que John dort sur le seul lit. La nuit est déjà tombée quand le générateur est lancé, il distribue une lumière tremblante, on se croirait sur un bateau.

lundi 23 décembre 2013

Le vent est trop fort

Le 06/12/13 à désert 146km
Jour 113 - Etape 91 - 84 km

Dans la nuit, le vent s'est mis à souffler et ce matin sur la route nous l'avons à nouveau de face. La journée s'annonce dure. Première étape trouver de l'eau aux 50km. Et effectivement à ce point précis, il y a un ensemble d'habitations, d'un côté la cafétéria, 4 taules et du bois et de l'autre des maisons en dure abandonnées. 
Pour récupérer de l'eau, il nous faut aller jusqu'au puits où attendent déjà 2 troupeaux de chèvres et un de dromadaires. Chacun son tour et les dromadaires sont refoulés à coup de fouet. Nous remplissons au total 10L pour John et 6 pour moi puis nous repartons, le vent est plus fort du coup nous ne parlons plus, la bouche s'assèche vite et nous nous mettons en ligne tels des coureurs du tour de france.

Arrives les 8000km de voyage, déjà! Cela passe à une vitesse folle et pour fêter ça, le comptuer ne veut plus fonctionner quand je le repositionnne, quelques tests mais rien à faire, cela attendra la pause du midi. Pendant ce temps, john trouve des fossiles d'arbres pétrifiés, il y en a pleins partout. Cela ferait un jolie table basse avec le dessins que font les veines mais ça pèse une tonne.

Décidément le vent est trop fort et nous nous arrêtons sous un acacia, à l'ombre et prenons la place d'un troupeau de chèvres.
John est ingénieur en électronique, il démonte le compteur et teste chaque élément. Il s'avère que la jonction entre 2 câbles s'est désolidarisée. Un coup de Macgyver avec du duketape et c'est repartis.
Le vent semble avoir faibli et nous en profitons. 

Devant nous les montagnes se rapprochent et sur les bords de route tout devient plus vert et voilà pour moi, le premier paysage de savane africaine. Cela ne durera pas, les roques et le sable reprennent leurs droits, peut-être étions nous dans une vallée car voilà que nous montons à plus de 486m.

Nous trouvons enfin la cafétéria des 100km avec pleins de mouches mais avec de l'eau c'est le principal. La journée a été dure et fatiguante, j'en ai plein les pattes et l'arrêt, quelques kilomètres plus loin, sera le bienvenu mais je suis heureux d'être là, ça en vaut la peine. Le soleil ne tardera pas à se coucher et nous pouvons voir les montagnes au loin, nous en sommes entourés. Bien plus aucune once de vent.

L'eau du désert

Le 05/12/13 à désert
Jour 112 - Etape 89 - 98 km

Aujourd'hui, c'est le grand jour nous allons affronter le désert, mais avant cela nous nous sommes préparés (pâtes, lentilles, sauces diverses, concentré de tomates, noddles, etc) et avons bu énormément. Le point qui nous inquiète le plus est l'accès à l'eau. Dans un des blogs sur le Soudan, il ne semble pas que cela soit un problème mais ici tout change très vite et les cafétérias peuvent apparaître et disparaître.



Nous avons un dernier site à aller voir, celui de Nuri, un ensemble d'une centaine de pyramides et de tombes. Plus d'une dizaine de pyramides sont encore debout parfois la tête coupée, parfois éventrées. La visite (plutôt tour) est présentée par le vendeur de ticket, qui s'improvise guide (sans anglais) en nous faisant parfois des dessins dans le sable (les soudanais adorent faire cela), ou en mimant la descente des marches vers les tombes. Nous sommes à nouveau seuls sur le site et c'est super agréables.
Alors que nous repartons vers le sud par la rive est. John s'arrête prendre une photo d'un acacia volumineux sous lequel sont installées de nombreuses jarres à eau. Nous n'échapperons pas à une invitation à manger par les hommes présents. Les soudanais sont vraiment gentils et ont l'hospitalité dans le sang. Nous mangerons ce qui ressemble à des galettes avec des épinards et un autre truc que nous n'arrivons pas à reconnaître. (gourassas)
Ensuite direction la fameuse route qui relie Merowe et Atbara, 287km sans ville. À la jonction de cette route quelques magasins et une station essence. John rencontre une personne de l'ambassade du Royaume Uni à Khartoum, surement un prochain point de chute, elle dira où il y a une cafétéria sur le chemin. Nous faisons le plein d'eau et questionnons plusieurs personnes (flics, conducteurs de bus, vendeur), malgré quelques avis divergents, il y aurait de l'eau à 30km, puis 50km et 100km.
Un dernier contrôle de nos passeport, nous nous lançons et retrouvons le silence. La route est droite, du sable sur les côtes et des montagnes au loin mais chose surprenante, il y a de la verdure comme une sorte d'herbe et de petits melons ou pasteques. Et surtout beaucoup de troupeaux.
Nous trouvons notre premier point d'eau, c'est une pompe qui recharge un petit château d'eau, du monde est présent pour remplir bidons et tonneaux et faire boire les bêtes. Nous remplissons nos bouteilles et repartons après quelques kilomètres, nous sommes interpellés par un routier qui s'arrête avec son double porte conteneur. Il est content de nous voir, nous demande si nous avons besoin de quelque chose. Il aimerait que son pays est une autre image que celle que les médias occidentaux donnent et en veut à son gouvernement.
Quelques kilomètres de plus et nous trouverons une plage de sable pour nous poser cette nuit et cuisiner lentilles et pâtes d'arachides trouvées sur le marché. La route n'est pas très loin, les troupeaux aussi nous ne sommes pas si seuls dans ce désert.

dimanche 22 décembre 2013

Karima

En dépit de ce qui est dit dans le lonely planet de John, la ville de Karima est plaisante, petite et tranquille. Les gens y passent en provenance de Dongola,  quelques touristes sont là pour visiter les sites. 
Nous allons, d'ailleurs, voir les temples de Amun au pied du Jebel Barkal, puis nous grimpons sur le plateau de celui-ci, alors que nous sommes en pleine ascension, nous nous retrouvons suivis par 3 militaires. Nous ne saurons jamais s'ils étaient là pour nous surveiller ou pas mais ils resteront sur cette montagne aussi longtemps que nous y resterons. La vue y est magnifique à 360°, d'un côté le nil verdoyant et cultivé (surtout des palmiers) et de l'autre le désert jaune et sec parsemé de collines noires.
 
Karima c'est aussi son souk où avec l'aide d'un habitant, j'irai à la recherche d'une béquille comme sur les vélos africains (c'est à dire installée sous la roue arrière) mais l'installation sur Azimut n'est pas possible.
Qui a dit que l'on ne pouvait pas changer d'argent à Karima? Je réussis à changer 40E à la banque après en avoir fait 3 autres, une erreur du guichetier m'en donnera 10LS de plus que je rendrai, l'honnêteté doit aller dans les 2 sens.
 
Nous passerons souvent acheter des jus de fruits (bananes, goyaves, hibicus) dans le petit buibui où nous avons mangé la veille et achetons 1kg de pâtisserie en vue de la traversée du désert.
Seul petit défaut, le cyber café où pendant 30 min j'ai attendu pour finir par ne pas avoir de connexion internet

Un pays pauvre

Le 03/12/13 à Karima
Jour 110 - Etape 89 - 67 km


Il fait, une nouvelle fois, à peine jour quand nous nous levons et nous déplaçons nos vélos pour ne pas gêner les 2 frères qui dorment encore. Nous nous mettons au coin de la maison, protégés du vent et sommes directement vu par les 2 petites jumelles de la maison qui avertissant leur grand père, biensur il nous offrira le thé avant de partir et ce serait une offense de refuser mais cela me fait plaisir de partager ces petits moments où tu sens que les gens sont heureux de t'aider.
La route repart en serpentant sur des collines rochers noirs, pierres volcaniques, parfois le décalage est saisissant entre les quelques arbres qui arrivent à pousser et ces rochers arrident.
Quand nous traversons des villages, c'est souvent pour apercevoir des habitations vétustes, banlieues pour les pauvres, juste quelques murs de boue et des enclos faits de bois et de buissons formant un cercle de 25m2 parfois des chèvres ou des ânes y sont parqués. Quelques dromadaires sont élevés et nous avons appris par la famille d'hier qu'un dromadaire se vendait 7000LS, arrivés à El Kurru, John va chercher le gardien des tombes, c'est comme à fort boyard, c'est lui qui a les clefs mais il nous fait le ticket et le ticket on l'achète à Karima, ville où nous n'avons pas encore mis les pédales. Par contre il veut bien nous laisser rentrer pour 100LS mais sans nous délivrer de ticket, trop louche! Pendant ce temps je reste planter près des tombes, c'est la sortie de l'école mais cela vava nous ne sommes plus en égypte et je ne suis pas agressé. Les jeunes filles avec le foulard blanc viennent même me serrer la main et les garçons s'en prennent à un jeune dromadaire qu'ils essayent de dresser comme les grands.
Du coup, nous partons pour karima et croisons un groupe d'autochtones en charrette qui veut que nous nous arretions, cela semble être des manches qui demandent à manger mais je n'ai rien à donner. Ils se jetent alors sur la poubelle que je trimballais à l'arrière, l'explose pour en sortir un pot, le reste volant dans le désert. Je me dis à ce moment qu'il vaut mieux partir.
Aujourd'hui encore le vent est contre nous, cela.fait presque 3 jours et c'est vraiment ennuyeux et fatiguant pour le corps. La bouche est desséchée super rapidement, les yeux sont tous secs et au niveau mental il faut toujours appuyer, pas de répit mais au bout de 60km, nous avons vu sur le Gebel Barkal et les pyramides adjacentes.
Pyramides plus pointues que celles d'égypte mais plus petites aussi. Certaines sont complètement détruites d'autres presque intactes, il y en au moins une dizaine, nous en faisons le tour, personne, comme si elles faisaient parties du paysage tout simplement, nous nous dirigeons ensuite vers la ville toute proche.

En ville nous mangeons comme des ogres, 2 grands plateaux avec riz et patates, 3 verres de jus, 2 thés et john achète 1kg de pâtisserie bien sucrée, on dirait que l'on a pas manger depuis 3 jours. Direction ensuite un petit hôtel sympa maismais le réceptioniste nous dit qu'il faut.que.nous allions nous enregistrer auprès de la police avant tout. Ce que nous ferons sans aucun souci avant de pouvoir nous poser un peu à l'hôtel, nous débarbouiller et laver nos affaires (on aurait dit du cartons tellement, il y avait de sel et de poussière).