dimanche 9 mars 2014

Putain d'acacia

05/02/14 à Marsa
Jour 172 - étape 137 - 31km



Ce matin, levés 6h, Thorsten part en solo pour l'Ouganda, il nous fait ces adieux, cela a été un plaisir de rouler avec lui, toujours souriant, jamais à se plaindre et puis nous avons le même rythme, rendez vous est pris en Europe. 

Avec John, nous repartons en binôme et dès la sortie du village, le paysage n'a plus la même physionomie, nous sommes au pied d'une chaîne de montagnes qui doit alimenter en eau la plaine, ce qui fait que tout est vert et plus grand, et puis les rivières que nous traversons ne sont plus à sec. Du coup, comme la végétation est luxuriante, nous croisons des troupeaux de bovins qui partent pâturer. Les vachers qui les accompagnent, sont soient munis de fusil d'assaut, soient d'arc et de flèches, pas rassurant ni l'un ni l'autre.
 
Nous décidons de faire une petite journée avant d'attaquer la descente vers Nairobi, qui à priori, devrait se faire sur du bitume. Nous nous arrêtons donc avant la jonction, dans un camping très bien situé, au bord d'une rivière, sous de grands arbres, seul hic ce sont des acacias. 

Nous ne sommes que 2 et les autres locataires sont des singes qui jouent et des chèvres qui belent sans arrêt. Dans l'après midi, je répare une 3ieme fois mon matelas "putain d'acacia", si cela ne suffit pas, j'en trouverai un à nairobi. 

En soirée, le vent se met à souffler d'abord en charriant de la poussière sur la rivière qui borde le camping puis plus fort aux travers des grands arbres, cela devient inquiétant et des branches plus ou moins grosses tombent, les plus petites couvertes d'épines. Nous irons nous réfugier dans la cantine en attendant que cela passe mais le vent ne faiblira que peu.

Plaines de savane

04/02/14 à Kainuk 
Jour 171 - étape 136 - 86km

Nous prenons le petit dej sur la terrasse d'un hôtel/restaurant des chapatis et du thé, toujours sous le regard des badauds. Le soleil est déjà chaud, il est 8h30 et nous prenons la route.
Mis à part les arbres qui paraissent plus vert et quelques thermitières qui aiguaillent la vue de cette plaine, la route reste le même tape cul. Toujours des montagnes au fond et à droite, cachées par la brume. Moment de détente quand nous suivons un cycliste local qui connaît le raccourci parmi les acacias, en parallèle de la route.

Nous ferons un arrêt dans un petit village et serons renseignés par un agent (?), nous disant qu'une ethnie les topok sont un peu agressifs et que nous devrions nous renseigner au préalable. Pendant le temps de la discussion, nous sommes entourés par de nombreux jeunes dont des filles avec des rangées de collier, comme les femmes girafes, aux couleurs du kenya.

Lors de l'arrêt repas, nous gouterons l'ugali matubo (pâte de maïs accompagnée de tripes) et repartons rapidement car nous ne voulons pas finir la journée trop tard. Mais c'est dur il fait extrêmement chaud et je me rappelle pourquoi la route est si mauvaise, il fait parfois 55°C à l'ombre par ici même le macadam ne tient pas.

Cela n'empêche pas les convois de camions de passer, accompagnés de leurs escortes militaires, ils soulèvent une tonne de poussière qui nous fait disparaître. Et pour ne pas nous faire écraser nous nous arrêtons. Les conducteurs ont toujours une pensée pour nous et nous demandent régulièrement si nous allons bien. 

Moi ça va mais mon t-shirt avec la carte, offert par mes collègues, a rendu l'âme, des trous partout qui s'agrandissaient. Du coup, je découpe la carte, elle me servait bien à indiquer le trajet. Thorsten me donnera un polo, comme pour les chambres à air, il en avait emmené trop.

La fin de journée est magique, nous longeons le parc national "south turkana" où nous verrons de petites antilopes, aigle et autres oiseaux qui vivent dans cette savane de hautes herbes et au loin une vue sur la plaine et les montagnes. Longue descente vers Kainuk où une forêt plus dense apparaît déjà.

samedi 8 mars 2014

Décrépitude

03/02/14 à Lokichar 
Jour 170 - E135 - 93km




La nuit a été plus fraîche que d'habitude et cela fait du bien, mon matelas semble réparé mais je n'en suis pas sûr. Nous nous levons avant le soleil pour profiter de la fraîcheur, et on se dit que maintenant que nous avons retrouvé le "dur", cela devrait être plus facile.

Nous prendrons notre petit déjeuner en ville, un thé au lait, un chapati (crêpe indienne) et une omelette.
Nous partons vers le sud, devant nous une longue ligne droite part vers une chaîne de montagnes en traversant une vaste plaine aride, couleur claire du sable ponctuée par les tâches sombres des acacias.
 
Au début, la route est constante, uniforme telle la banquise, nous roulons droit sans nous poser de questions. Puis la fonte des neiges fait que l'on slalome pour éviter les trous. Et enfin cela se corse, il ne reste que quelques îlots de dur qui vagabondent de ci de là. Cela ne sert plus à rien d'essayer de rester dessus, sur les cotés deux tracés de pneus ont fini de l'achever. Et voilà qu'elle disparaît complètement, laissant de jolies vaguelettes ("wash board") que nous prenons de pleine face. De temps en temps quelques moments de répit lorsqu'un raccourci a été fait en parallèle. 
Nous nous arrêtons dans un petit village pour manger un githeri (maïs et haricots rouges) et boire un chai (grande tasse de thé au lait), mais rapidement nous voulons faire une pause plus longue sous l'ombre des arbres. Ce sera l'occasion de faire du nettoyage, le réchaud qui bagotait et la chaîne d'Azimut couverte de poussière.

Avec tout cela, nous n'avançons pas très vite, il faut dire que la pause a duré deux heures mais cela nous a fait éviter la grosse chaleur. Nous arrivons à Lokichar et trouvons notre premier hôtel kenyen, pas très loin du style des hôtels ethiopiens.

vendredi 7 mars 2014

Lodwar

Le 02/02/14 Jour 169


Jour off à lodwar, essentiellement pour deux choses, réparations en tout genre et achat d'une nouvelle carte sim et un peu de nettoyage car la poussière s'est immiscée partout, même après 3 lavages et 4 rinçage, l'eau qui sort de mes fringues est marron. 

Concernant les réparations, je colle une seconde rustine sur (mais plutôt sous) mon matelas après avoir détecté un trou microscopique à l'aide d'une bassine, je verrais bien si c'est suffisant. Mon pneu avant est à plat et celui de l'arrière dégonflé, il me faudra changer la chambre à air car le problème provient d'une rustine déjà collée. Thorsten me donnera une nouvelle chambre à air car il en transportait plein (il en avait pris 4 d'avance). Pour le pneu avant une rustine suffira.

Ensuite, nous irons en ville (la guesthouse est un peu excentrée), dans un de ces magasins à la façade vert "safaricom", pour acheter une sim afin d'avoir accès à internet, cela prendra deux heures, le temps d'être enregistré auprès de l'opérateur. Ici il est même possible de faire des paiements avec son mobile. J'achète 1,5Go de données pour 10 €.

Le midi nous mangeons dans la maison de John ou plutôt dehors à l'ombre de sa maison, toute la famille est là et nous avons le droit à de la cuisine locale.  Nous resterons camper le soir dans son jardin, sur la terre battue. 

Fin d'après midi à mettre à jour le site dans un café internet, j'ai un mois de retard mais la connexion et les ordinateurs sont extrêmement lents.

jeudi 6 mars 2014

Le sable, fin?

01/02/14 à Lodwar
Jour 168 - Etape 134 - 93km

Allez motivation, pour en finir avec les bords du lac Turkana et le sable, levés avant le soleil, petit déjeuner consistant (riz+pâtes), crème solaire car même après 5 mois, j'ai pris des coups de soleil sur les avants bras,  et on part. 

La piste n'est pas meilleur que les jours précédents et notre vitesse moyenne de 8km/h mais nous progressons et à 12h30, la ville de Kalakoy est en vue mais on dirait que mon pneu avant se dégonfle et nous voyons John passer, une nouvelle fois, dans une voiture, il nous donne rendez vous dans 55km à Lodwar. 
Avec Thorsten, nous arrivons enfin dans une "grande ville" et surtout le macadam, goudron, asphalte, le tarmac comme ils disent ici, même en mauvais état cela nous fait plaisir.
 
Mais avant d'attaquer la deuxième partie de journée, nous mangeons notre premier repas kenyen, un fédération (riz, pâtes, haricots, chou, viande) et buvons des sodas bien frais. Il fait super chaud et avec les couleurs claires du sable, on se croirait à la plage en pleine été sauf que tout le monde te regarde et se demande ce que tu fais avec un vélo. 

Nous entamons notre seconde partie de journée en évitant les nids de poule et l'absence d'asphalte, on slalome au mieux mais on avance bien. Nous croisons de nombreuses motos taxi qui transporte tout et n'importe quoi mais aussi pas mal de vélo. 

Le paysage devient volcanique et noir, parsemé du vert des acacias. Nous ferons plusieurs arrêts boissons car il fait toujours aussi chaud et lors de l'un d'eux, nous rencontrons John, un kenyen, avec qui Steve (rencontré à Wadi halfa) était en contact et qui nous cherchait.  Quelques villages de huttes de pailles parsèment la savane, toujours des chèvres à brouter partout.

Nous arrivons à Lodwar et croisons le père Bruno que nous avons vu ce matin, c'est lui qui a transporté John en pickup, il nous indique donc que John est à la guesthouse du diocèse où nous aurons droit à une douche et une chambre. Repas rapide car nous devons rentrer tôt, avec John et John en ville où il y a de l'animation,  nous sommes samedi soir.

Nous sommes épuisés par ces 93km et 7h30 sur le vélo mais ravi d'en avoir fini pour cette fois avec le sable.

mercredi 5 mars 2014

D'une mission catholique à une autre

31/02/14 à Kataboy 
Jour 167 - Etape 133 - 49km


C'est une vraie oasis que nous avons trouvée ici à la mission catholique, tout le monde est au petit soin avec nous et le petit déjeuner garguantuesque, il se prolongera,  nous n'avons pas envie de quitter ces soeurs si tôt. 

Le lieu aussi est magique, en haut d'une colline avec vue sur le lac et son île volcanique et de l'autre côté sur les montagnes. Mais il nous faut bien prendre la route, il fait déjà chaud et nous savons que ça va être compliqué.

Notre premier arrêt à 7km pour déjà remplir nos bouteilles 1,5l en 1h, ce sera près d'une église mais l'eau est salée. L'école d'en face, nous fournira ce dont nous avons besoin. 

Le  chemin où nous passons, est toujours sablonneux et le poussage nécessaire, nous traversons le lit caillouteux de rivières. Les soeurs, nous ont dit qu'à la saison des pluies, il est parfois impossible de les traverser, tellement il y a un fort courant qui emporte tout, pour nous tout est sec

John est toujours à la peine, nous le motivons et nous arrivons une nouvelle fois à la nuit tombée à une autre mission catholique qui nous offrira un toit et de l'eau, le père Benoit nous dira que c'est une denrée rare dans cette partie du lac.

Il fait une chaleur écrasante, je sue à grosses gouttes et pas un pet de vent.

mardi 4 mars 2014

Le sable, c'est bien à la plage

30/01/14 à Nario Tocome
Jour 166 - Etape 132 - 55km
 
Merci les acacias, après mes pneus, voici qu'ils se sont attaqués à mon matelas et celui ci est percé, très mauvaise nouvelle, je répare avec le kit de réparation et on verra bien ce soir. Nous préparons le petit déjeuner et que voyons nous se balader, un petit scorpion, ici il y a pleins d'insectes avec de drôles de tête.

Nous prenons la "route" mais ce chemin tracé par les pneus, est un vrai calvaire malgré un paysage magnifique, savane africaine et montagnes à notre droite, nous alternons les passages dans le sable où il faut pousser et du "dur" à une vitesse de 8km/h max.

Cette piste est franchi par de nombreux troupeaux de chèvres et moutons qui vont ou viennent du lac, gardé par un berger qui se promène avec son petit siège et sa kalachnikov.
Le vent est de plus en plus fort et ne nous aide pas, il vient du lac et avec le sable, cela me fait penser à la mer et puis il crée des moutons avec les vagues.
S'en est trop pour John, son vélo est trop lourd et le vent trop fort. Nous ne progressons plus et faisons une pause repas et sieste pour lui. Il nous faut ralier le prochain village pour avoir de l'eau. Coup de chance, une voiture passe par là, la voiture de la journée, celle de la mission catholique. Elle prendra John et son vélo et avec Thorsten, nous décidons de continuer.

La piste se fait meilleur, nous arrivons à notre première ville kenyenne, l'accueil est sympathique mais les shops pas remplis.
Nous avons de vagues indications pour rejoindre la mission catholique mais cela se trouve encore à 20km, cela va être juste avec le soleil mais nous le tentons. Thorsten a l'air d'être dans le même état d'esprit quand il faut faire ce genre de challenge.

 Nous assistons au coucher du soleil derrière les montagnes qui entourent le lac mais toujours pas de mission en vue. Heureusement que nous croisons 2 véhicules qui nous indiquerons un chemin approximatif.
Nous finirons à la frontale, nous dirigeant comme nous pouvons vers des lumières. Thorsten partira 2 fois en éclaireur pour savoir si nous prenons la bonne direction. Enfin nous y arrivons et c'est royal, nous avons droit à notre chambre, une super douche, de l'électricité et en plus on dinera avec les personnes très gentilles de la mission.

lundi 3 mars 2014

Long mais bon, enfin presque

29/01/13 à Todenyang
Jour 165 - Etape 131 - 36km


Ce matin nous prenons notre temps, nous n'avons que 28km à faire pour arriver à la frontière du Kenya. Comme il nous reste des birrs, nous trouvons facilement quelqu'un pour nous les échanger en shiling kenyen, le taux sera de 1 birr pour 4 sk. 
 
Ensuite, direction la rivière Omo qui se trouve juste derrière notre hôtel et qu'il faut traverser. Trois choix : le bateau traditionnel creusé dans un tronc d'arbre, le vieux bateau blanc en planche sans moteur et la grosse barge. Ce sera le bateau blanc qui a plus de place pour la traversée, le capitaine utilise une godille et s'en sert pour pousser, la rivière est peu profonde. Par contre, les rives sont un peu abruptes et il n'est pas évident de charger et décharger les vélos avec les sacoches. Là aussi il nous aura fallu négocier le prix âprement et jouer sur le fait que nous venons de loin avec nos vélos.

Ca y est, nous sommessur l'autre berge, au loin un village traditionnel fait de huttes rondes.On nous indique la "route" mais ce n'est qu'une suite de traces de pneus dans la poussière. Le vent s'est levé, il nous vient de face charriant de nuages, nous bloquant parfois la vue. J'en ai plein les dents et les yeux, John et Thorsten sont méconnaissables et ont changé de couleur de peau. Et le pire c'est qu'il faut pousser son vélo car c'est trop poussiéreux meme cas quand on arrive dans le sable. Nous cherchons des solutions en roulant n'importe où pourvu que cela soit dur.

Nous prenons comme point de vue, des bâtiments sur un promontoire, il s'averrra que c'est le fort de ?, poste frontière ethiopien où nous nous verrons offrir de l'injera et de l'eau (bienvenue car nos réserves se sont épuisées avec la chaleur, le vent et la poussière).

On nous indique le poste frontière kenyen, encore 7km de cette piste. Nous continuons, nous voulons sortir d'Éthiopie, le soleil se couche derrière les montagnes, nous voyons les bâtiments se rapprocher. Deux militaires viennent à notre rencontre et nous donnent pleins d'informations, ils sont là pour "garder" les deux tribus frontalières hostiles, l'une envers l'autre.

Puis direction, le poste de police où nous avons la permission de camper, d'utiliser de l'eau (la douche sera un pur plaisir) et on nous apporte de quoi manger.

Les enfants d'Éthiopie resteront dans ma mémoire, non pas qu'ils n'aient plus de larmes mais par leurs harcèlements quotidiens (sauf peut-être aujourd'hui dans le désert). Mes premières impressions des habitants du Kenya sont vraiment très bonnes.