jeudi 27 mars 2014

En route vers les nuages

07/03/14 à Mbeya
Jour 202 - étape 161 - 76km


La chambre où je dormais, regorgée de moustiques, heureusement que la moustiquaire les arrêtait mais je les entendais quand même voler autour de ma tête.

Après un petit déjeuner consistant, toujours des chapatis à la confiture avec du thé, je retrouve une route asphaltée, elle ne date pas de si longtemps et des ouvriers sont encore à l'oeuvre à balayer les petits cailloux pour en faire des petits tas tous les 5m.

Devant moi se dresse une chaîne de montagnes dont le pic mbeya est le point culminant, pour l'instant tout est encore visible malgré un ciel couvert.


La route est en pleine construction et les ouvriers piochent dur pour creuser les fossés sous l'oeil attentif d'un chinois, sous son chapeau de riz, penché sur son mobile.
Eh oui! La maîtrise d'oeuvre est une société chinoise sûrement peu intéressée par l'or dont le sous sol de cette région regorge.

La route, comme hier, continue à monter, après l'asphalte, je retrouve la piste. Cela grimpe dur et heureusement qu'il y a un paysage splendide.  La vallée du rift est toute entière offerte à mes yeux. A 700m en dessous, s'étendent les champs et les villages, de l'autre côté, une haute montagne  commence à se charger en nuages.

Je cherche un village avec un point pour manger, je ne trouverai qu'une cabane en osier, recouverte d'une bâche, où l'on me servira une assiette de riz blanc avec du sel. La cuisinière m'emmenera à un shop pour y acheter des biscuits et un soda, ce n'est qu'une cabane de 1m2 avec des produits accrochés à tous les murs.

Je suis à 2000m,  il y a du vent, mon polo est trempé et j'ai froid mais il me faut encore continuer, je dois monter jusqu'à 2500m. Je ferai 10km en 1h30 pour arriver au sommet, retrouver des eucalyptus et des sapins. J'ai l'impression d'arriver dans une station de ski, chalets en rondin de bois, sapins et herbes vertes.
Je m'arrête faire une pause thé avec vue sur la vallée, je suis au dessus des nuages qui s'avancent, amenant leurs lots de pluie. De descente se fera doucement sur cette piste, parfois un fort brouillard m'empêche d'y voir les camions de construction qui montent.

J'aurai mal au coeur en changeant de versant et en voyant la forêt de sapins se faire ratiboiser à coup de scie circulaire. Les planches arrivant directement découpées au cul du camions en bas de la pente.
Me voilà à Mbeya après une longue descente, j'évite les gouttes, passe parmi les stands du marché où j'achète de gros avocats et trouve une guesthouse. 

mercredi 26 mars 2014

Tu veux ma photo ?

06/02/14 à Chunya
Jour 201 - étape 160 - 80km

C'est impressionnant car hier au couché du soleil, le ciel était nuageux et ce matin, un franc soleil me permet de sécher mes 3 fringues qui pendent au milieu de la cour ridicule de la guesthouse. Le scénario journalier se répète, beau le matin et chargé, orageux l'après midi. Par contre, la pluie a bien humidifiée le chemin d'accès à la piste mais celle ci est encore facilement praticable, à mon grand étonnement.

Départ donc sous le soleil, ce qui est agréable, c'est que des arbres des deux côtés de la piste me permette d'avoir de l'ombre. C'est entre ce jeu d'ombre et de lumière que je vois un varrant pointé le bout de sa queue, il doit au moins faire 1m.

J'aperçois un jeune homme d'une tribu et j'essaye de lui demander si je peux le prendre en photo et là, chose surprenante! Il s'enfuit littéralement en courant, j'aurai beau lui dire les 3 mots de swahili, que je connais en signe de bienvenu mais rien n'y fait, il se réfugie dans un petit chemin avant de disparaître.

Arrivé à un village, là aussi quelques hommes et femmes sont habillés traditionnellement mais cette fois, au lieu d'y aller franco, je prends mon temps, soda de loin, bananes de près puis je demande à prendre une "picture" et là, les deux jeunes se carapatent. Une jeune fille me dira que c'est un manque d'éducation mais je pense que c'est plutôt de la timidité. Ils étaient habillés avec un t-shirt bleu (de foot?) marqué Tanzanie, d'une petite jupe, bottes en plastique blanches, bracelets blancs et long couteau à la ceinture mais quand même un portable qui pend autour du cou. Bon j'arriverai bien à l'avoir cette photo.

Justement en pleine descente de ce village, je croise un jeune homme sur son vélo qui cette fois ci est plus accueillant et même me demandera de poser les deux poings levés, les bracelets bien visibles.
 
Juste avant d'arriver à #, je croiserai des chercheurs d'or qui creusent des trous dans la glaise à grands coups de pelle. J'y verrai aussi 2 jeunes enfants y travailler. Les berges de la rivière où ils fouillent, est parsemée de trous. Je comprends maintenant d'où provient cette couleur grise qu'à chaque rivière et aussi l'eau que l'on m'a fourni à certains endroits, on dirait de l'eau d'essorage d'une machine à laver.

Après un déjeuner fait de riz blanc et de viande grillée, j'aurai l'impression de monter pendant presque 37km sur une piste en mauvais état (il y passe plus de camions), du coup cela me paraît beaucoup plus long.
Les nuages gris de fin d'après midi s'accumulent sur le Mbeya pik au sud mais moi, je vais vers l'est. Nuages qui donneront de la pluie du coup moi je suis épargné. Toujours dans cette longue ascension, c'est dur mais au moins j'ai un point de vue superbe sur les plaines et les collines boisées que je laisse derrière moi.

Gare à la boue

05/02/14 à Lupatingatinga
Jour 200 - étape 159 - 57km


La nuit a été très calme, je me lève les nuages ont disparu. Je prends le petit déjeuner en faisant sécher la tente sur les rondins partiellement brûlés d'une des cabanes. Des personnes passent en vélo sur le chemin derrière moi, je suis vu mais personne ne viendra me poser de questions. Constation, quand un chemin existe, c'est qu'il y a du monde qui passe très régulièrement.

Une fois sur la piste, je tombe, cette fois ci, sur la ville ?, ce sont des bâtiments laissés à la merci de la végétation. Le manager de la réserve m'avait dit que c'était une de leurs anciennes succursales.

La piste commence à devenir un vrai gruyère avec ces trous d'eau qu'il vaut mieux essayer de contourner. Dans l'un d'eux, ne connaissant pas la profondeur, je me lance, pédale et me retrouve la chaussure gauche trempée. Cette détérioration de la piste me laisse imaginer le pire lors de la saison des pluie.

A la sortie d'une de ces fosses, une moto avec conducteur, 2 passagères dont une avec un bébé, semble en galère. Ce sera l'occasion de prêter ma clef anglaise afin de dévisser la roue arrière et retendre la chaîne. Souvent les motos n'ont qu'une petite pompe à velo comme seul accessoire.

Ça y est, je dis merci à la déforestation, les champs de tabac me permette d'avoir une vue sur le paysage qui m'entoure, des collines boisées avec les tâches plus claires des champs de maïs.

Arrivé en haut d'un point culminant, je vois de plus en plus de monde et je comprends à quoi servent ce que je pensais être des petits villages abandonnés en lisière de route, ce sont des stands et aujourd'hui c'est jour de marché à lupa. Les tribus sont venues de tous les alentours, les hommes sont en jupe avec bracelets blanc en plastique aux poignets et chevilles souvent un couvre chef sur la tête, allant de la chabka à la casquette.

Je m'arrêterai dans le village, dans une guesthouse, juste à temps pour me mettre à l'abri quand un énorme orage éclate. Une fois terminée, il me faudra slalomer entre les flaques pour pouvoir atteindre le centre de la ville. Par contre, la lessive que j'avais à peine fini, aura le droit à un second essorage.

mardi 25 mars 2014

Piste vers la tranquilité

04/03/14 à ?
Jour 199 - étape 158 - 83km
 

Je prends mon petit déjeuner dans un buibui du "centre" de Rungwa. Lorsque j'arrive les chapatis ne sont pas encore prêt et du coup, je mets un peu la pression à la cuisinière et heureusement car avec ma demande de 4 chapatis, et celles des autres clients, elle sera un petit peu débordée.

Le centre de Rungwa ne se compose que de vendeurs de frites/omelette, de resto un peu plus élaborés, de shops et le plus important le réparateur de pneus qui à chaque fois que je suis venu, avait du boulot.

Le paysage est le même qu'hier, de grands arbres et de la savane, la piste est un peu plus difficile mais roulable. Des palmiers font leurs apparitions et au loin, je vois se dresser un escarpement de falaises.

Par contre, toujours aucun animal intéressant à l'horizon, à croire qu'il faille absolument payer pour en voir et que sinon ils ne sortent pas de leurs réserves. J'entends encore tout le monde dire "tu verras des bêtes partout". Les seules bêtes qu'il y a, ce sont les mouches tzetze, qui essaient de me piquer même en roulant. 

Je m'arrête pour me tartiner de répulsif sur les mollets et les bras mais pour le dos, leur proie favorite, je dois utiliser mon bâton tel une queue de vache, toutes les 30 secondes.

Les villages sont moins présents, peut être sous l'effet des mouches et avant d'arriver au second, j'aurai déjà parcouru 68km. Je me dis que cela peut être le bon endroit pour s'arrêter car le ciel devant moi est de plus en plus chargé et que le tonnerre gronde. Je ne veux pas finir enlisé comme un de ces camions. Je m'arrête, mange et demande au cuisto s'il va pleuvoir, bien sûr que non. 
Mais bien sûr que si, une fois la montagne franchi, j'aurai le droit à une légère saussée. La piste se dégrade, plus de sable, peut être sous l'effet des pluies violentes. Je suis à la recherche d'une de ces fameuses petites carrières mais rien de visible. Tout autour de moi, ce n'est que petits arbres et hautes herbes. Mais comme je l'ai remarqué plusieurs fois, de temps à autre, se dresse un village de huttes abandonné. Pourquoi?

 C'est dans un de ceux ci que je cherche un lieu pour camper, en m'enfonçant plus profondément dans la forêt. Je trouverai le coin idéal dans l'ancienne enceinte de maisons écroulées. J'y dresse la tente sans difficultés cette fois ci et suis vraiment bien camouflé. Derrière les habitations détériorées, d'anciens champs de maïs m'invite à penser que cela ne fait pas très longtemps qu'il n'y a plus de vie ici. Un petit croissant de lune et des étoiles sont parfois visibles dans le ciel.

lundi 24 mars 2014

Permis de tuer

03/03/14 à Rungwa
Jour 198 - étape 157 - 55km

Malgré le fait que deux personnes soient passés près du campement, dont une qui est venue me demander de l'eau, je suis resté sur place. Mais, hier soir, légère déconvenue, au moment de planter la tente. Sous les 2cm de sable,  la terre serait plutôt du roque. Temps de réflexion mais un petit décalage de quelques mètres me permettra de réussir à fixer les sardines mais il commencait à faire bien nui.

J'aurai survécu à une nuit près d'une game réserve, je n'ai pas vu, ni entendu l'ombre d'un animal. Les seuls bruits sont ceux du vent qui se lève au matin et les oiseaux qui s'agitent. Ce matin, je déjeune en regardant passer les vélos sur la piste. Après être parti, je croiserai quand même quelques singes passant d'un bord à l'autre de la piste, un par un comme sur un passage piéton. Par contre, je vois de nombreuses traces d'animaux dont celles de hyènes, elles sont facilement visibles dans le sable, eh oui, la piste pendant quelques centaines de mètres se fait plus mauvaise. D'ailleurs quand un bus passe à vive allure, il fait tout disparaître pendant quelques secondes.

Je m'arrête dans un village prendre un thé, ici le thé ne se fait plus avec du lait sûrement parce qu'il y a moins d'endroits pour faire paître les troupeaux. J'y croiserai Steven qui me sert d'interprète car l'anglais est beaucoup moins parlé par ici. Alors que je suis déjà reparti, je le vois me dépasser avec sa moto et je le retrouve quelques kilomètres plus loin sur une butte à chercher à capter " the network ". Dans ces contrés, ni électricité, ni pylône. Je croiserai plusieurs mamans sur leurs vélos, leurs bébés dans le dos à l'africaine, pas de siège bébé ici. La piste reprend des couleurs, surtout rouge ( ma préférée, l'image que j'ai des pistes africaines ) et j'arrive rapidement à Rungwa il faut dire que je suis suivi par une nuée de mouches tzetze qui ne me lâchent pas, je les vois derrière moi en tournant la tête, le film d'horreur! 

À ma pause déjeune, je rencontre des personnes du service " widelife " ainsi que le boss de la game réserve de rungwa, qui me dira que ce n'est pas la saison des éléphants (malgré le fait d'avoir vu de nombreuses merdes sur la piste), ils sont partis en profondeur dans la réserve. Il me dira aussi que si tu veux chasser un éléphant, c'est seulement 15000 $ et un lion 5000 $, c'est écoeurant. Je trouverai une guesthouse, l'eau semble être un sérieux problème ici car la seule que l'on me fournira, est une eau saumâtre, je ne vois pas le fond du seau, heureusement que j'ai le filtre.

dimanche 23 mars 2014

La piste verte

02/03/14 à Itumba
Jour 197 - étape 156 - 73km
  
Ici à la mission, tout est réglé comme du papier à musique, petit déjeuner à 7h, déjeuner à 12h, dîner à 19h, dès que le son de la cloche se fait entendre. Me voilà donc prêt pour prendre des forces et partir fraîchement. Sauf que l'on est dimanche et donc aujourd'hui, on chamboule tout et on va à la messe.

Soeur Louisa vient frapper à ma porte et me propose d'y aller. Non, je n'ai pas tourné catho mais cela peut être une bonne occasion de voir comment cela se déroule en Afrique. J'assiste donc à l'office et cela débute bien, jembé, tambourin et un autre instrument inconnu pour accompagner le chant rythmé des soeurs. Par contre, ensuite, j'aurai droit à 30 minutes de sermon en swahili. Ça va, j'ai passé une bonne nuit et reste éveillé mais la moitié des soeurs à ma gauche, a déjà les yeux fermés, peut être méditent elles? Mais c'est souvent accompagné de bâillements. Ouf, cela se termine comme cela a commencé, en coeur et en rythme, et on peut aller déjeuner.

Mon paquetage est fait et bien sûr, les soeurs m'offriront de quoi déjeuner sur la route (des oeufs durs et des frites, je leurs avais parlé de mes envies de frites) et un grand pot de confiture de mangue, là aussi j'avais du en parler. Adieux et remerciements des 2 côtés pour le travail qu'elles font et pour mon voyage.

Et me voilà de retour sur la piste, toujours de bonne qualité, voir meilleur car damée et dure à certains endroits, avec un vent fort dans le dos, j'atteins les 20km/h. Le paysage est fait de grands arbres avec de hautes herbes à leurs pieds qui alterne avec des champs de maïs. Il arrive parfois qu'il n'y ait plus un arbre ou que la forêt soit en cours de déforestation pour y mettre des cultures ou faire du charbon. Cela a l'air d'être un problème connu par le gouvernement car lors d'un arrêt thé, je rencontre Peter qui fait parti d'une association militant contre la déforestation et pour l'apiculture. Son fils et sa belle fille ont fondé l'association grassrootstz.org dans ce but, et vive sous des tentes dans le bush, un peu loin pour y faire un saut.

Je continue mon chemin et la piste se fait plus difficile, comme le caméléon elle change de couleurs, passant du gris au saumon en passant par l'ocre, le blanc et le rouge. Je me rapproche de la game réserve de rungwa, j'ai repèré, que parfois de petites carrières, ou plutôt des bassins de terres rouges, permettent d'avoir une zone dégagée en herbe. Et je tombe sur l'une d'elles alors que les engins de chantiers finissent de ratiboiser et damer la piste. Je m'y arrête, trouve un petit promontoire et attend que la nuit tombe, pour monter le campement. Au loin, j'entends les chants d'un enfant et les coups de butoir contre la terre ou un arbre.

Mitundu

Le 01/03/14 à la mission catholique de mitundu Jour 196

La soeur Louisa "m'oblige" à rester sous prétexte de laver mes affaires, il est vrai que mon short ressemble à du carton, noir avec des traces rouges que laisse la poussière de la piste. J'accepte et je vais donc à la buanderie, entre deux soeurs, laver quelques vêtements.

J'aurais ensuite le droit à la visite des lieux, la mission est très grande et comprend une école primaire avec internat, une école secondaire en construction, étables pour vaches, cochon, lapin et poule, champs de maïs et de tournesol dont elles extraient l'huile, c'est une vrai petite ville qui pourrait pratiquement vivre en autarcie s'il ne fallait pas acheter du riz pour les repas. Et puis le jardin fornit légumes et fruits (avocatier, bananiers, manguiers) dont elles font sirop et confiture. Et un atelier de couture qui confectionne pull et chaussures.

Tout ça permet à la population locale d'avoir un dispensaire, une maternité, un laboratoire et des écoles. L'absence d'engagement de l'état tanzanien est quelque chose qui m'intrigue.

La visite et le repas terminaient, j'irai faire un saut dans le village tout proche. De nombreux hommes patientent sous l'ombre des arbres et je comprendrai en voyant une extrade et de gros 4x4  blancs arrivaient en trombe qu'un meeting va se dérouler.

Le village est calme, je prends un thé dans un bar où les consommateurs regardent la chaîne national géographic, un reportage sur l'est sibérien, quel contraste!

La fin d'après midi sera repos entre sieste et lecture, tout est calme dans la mission, presque trop calme pour moi.

samedi 22 mars 2014

J'entre en piste

28/02/14 à Mitundu
Jour 195 - étape 155 - 96km
 
Azimut est prêt à repartir, tout propre de son nettoyage de Singida et arborant de nouveaux pneus, Joseph vient me chercher pour le petit déjeuner que nous prendrons ensemble, jamais en présence des soeurs. 

Soeur Miriam m'a préparé un petit doggy bag, jus de baobab et chapati, toutes les soeurs sont vraiment aux petits soins pour moi, peut être est ce la barbe? Je passe dire au revoir à soeur Maria et Rita puis à Joseph.
Deux kilomètres de bitume doivent m'emmener à une piste qui est sensée me faire arriver à Mbeya par une voie "sauvage", animaux à l'horizon.

La piste vers Itigi est de très bonne qualité, cela augure d'une bonne journée, elle est rectiligne et passe entre les petits arbres du bush. Des hirondelles y sont posées, têtes vers le soleil décollant à mon approche. Bref passage dans la ville d'Itigi où je laisserai mes deux anciens pneus, après plus de 15000km de bons et loyaux services, pas 30s avant que quelqu'un ne vienne les récupérer.

Puis direction, Rungwa, la piste se fait plus chaotique mais j'arrive à faire du 15km/h de moyenne, elle est couleur rouge et ocre. De grosses thermitières comme effondrées me font penser à des châteaux de sable que la mer détruit.

La piste est coincée entre deux forêts de bush impénétrables, rien à y voir, juste avancer, de temps en temps, une plaine herbeuse type savane où j'espère entrevoir un éléphant, je sais qu'ils sont là, ils ont laissé de grosses bouses mais je n'en verrai pas une trompe.

Alors que l'on se croit seul, il y a toujours des yeux dans le bush comme le disait le père Daniel et effectivement souvent apparaît un gardien de bétail, un bus ou minibus, quelques motos et voitures et des hommes et femmes qui vont aux champs. On est souvent sûr de trouver une habitation, il suffit de chercher le champs de tournesol ou de maïs. Mon arrêt repas verra passer deux personnes sorties de nul part.

Je progresse, ravi d'être là, je demande plusieurs fois le nombre de kilomètres pour atteindre mMitundu, j'aurai droit à 6, 12, 15, 22 en moins de 3km, il s'avèrera que c'est plus long. Mais à chaque fois, cela me permet de m'arrêter, parfois prendre un soda et quand quelqu'un parle un peu anglais d'entamer la conversation.
 
Arrivé à Mitundu, je me dirige vers la mission catholique, soeur Maria m'avait dit d'y aller. Je suis toujours bien reçu, on me propose chambre et repas que j'accepte.
Après le repas, dans la petite chambre, j'entends les soeurs chanter en coeur ainsi que les sons de la nature toute proche.

vendredi 21 mars 2014

Mission catholique de mkiwa

27/02/14 à la mission catholique de mkiwa Jour 194

 Santori, mon voisin de chambre, chef de chantier, me réveille à 5h30. Nous retrouvons Joseph au camion jaune, premier exercice, poussait le camion car le démarreur ne fonctionne plus. De la chance, il n'est pas plein, et c'est ça y est on roule, me voilà embarquer avec les deux gaillards et mes deux roues dans la benne, à l'arrière. 
Le but premier de leur trajet est d'aller récupérer du matériel de chantier pour une autre mission.
Je refais la route à l'envers, ma crevaison, mon arrêt repas, mon problème de compteur, cela fait une drôle d'impression comme de revivre sa vie à rebours plus rapidement. Est ce que l'on ressent lors de sa mort? Et si je refaisais tout le trajet vers mon point de départ?

Nous voilà à Singida, bien trop tôt bien sûr, nous en profitons pour aller boire un thé et manger un donut dans un café. Puis, nous nous dirigeons vers un vendeur de matosse de vélo, il n'a bien sûr pas la taille identique de mes pneus précédents mais nous trouvons pneu à ma jante. En plus, ils sont à gros crampons, type vtt, ce qui va s'avérer utile pour la piste à venir. Deux nouvelles chambres à air, montage en moins d'1/4h et le tout pour la modique somme de 24000ST (~10 €) mais bon tout est "made in india".

Puis nous passons au marchand de bois qui se charge de la découpe et du changement dans le camion. Nous récupérons de quoi fabriquer une charpente.

Retour par la route à la mission, le paysage est toujours aussi superbe, bloc de pierres, vendeurs de miel et de poulets sur les bords. J'apprendrai que les conducteurs et chauffeurs ont un langage des signes pour signaler la présence des policiers.

Nous passons décharger le matériel à une autre mission, 5km de mkiwa où les soeurs ont construit une école et donnent des cours. Santori est là pour finir la charpente du foyer des soeurs qui pour l'instant dorment dans l'école. L'accueil est vraiment chaleureux, elles font un travail énorme avec pas grand chose et après elles viennent me dire que je suis "fort" pour faire mon voyage mais c'est à elles que je retourne le compliment. Nous mangeons tous ensemble, simplement du riz et des haricots rouges, mangues et papaye en dessert.

Retour à mkiwa pour m'occuper de azimut, ces nouveaux pneus lui vont comme un gant. Faire une légère sieste avant de retrouver Joseph et d'aller boire un coup au village en regardant passer les camions sur cet axe très fréquenté qui dessert le Burundi en denrée prévenant de la côte.

Repas toujours avec Joseph, soeur Miriam m'a préparé à manger spécialement pour moi, riz avec du poulet et du porc (viandes issues de la mission), un régal!

jeudi 20 mars 2014

Journée noire

26/02/14 à Mkiwa
Jour 193 - étape 154 - 91km

 Rangement de tout le barda, j'ai vite pris mes aises dans la chambre d'hôtel, Azimut est dehors, tout propre, prêt à en découdre. J'aime vraiment reprendre le vélo après plusieurs jours off, je retrouve toujours ce sentiment de liberté, je me sens à l'aise.

Décollage et passage des 13000km, j'espère que cela va me porter chance. Bref passage chez le gonfleur, mini atelier avec pompe et outils, qui remet une bonne pression dans ma roue avant.

Je prends la route du sud et passe près du lac Kimdai, toujours ces gros blocs de pierres posés partout, couleur ocre et gris, paysage parsemé d'ilots dans une mer de verdure.

Je m'arrête prendre une photo, je repars et le compteur refait des siennes, il me faudra plus de 30min, sur le bord de la route, pour constater qu'une des électrodes n'est plus connectée, peut être que la soudure a fondu avec la chaleur. Toujours est il que je me débrouille pour faire tenir les fils jusqu'au prochain village, où j'arrive à me faire comprendre et trouve un soudeur qui fait un travail moyen mais au moins ça fonctionne, je verrai dans une grande ville pour faire faire un travail plus soigné.

Je suis sur le grand axe qui va vers dodoma et les camions se suivent et se ressemblent, transport de conteneurs, bus intercité et une trentaine de camion de la marque Azam (qui fait des biscuits) facilement reconnaissable avec de gros épis de blé sur la remorque.

Ils ne me gênent pas plus que ça, je roule sur la bande d'arrêt d'urgence ou la piste cyclable, je ne sais pas trop mais une ligne jaune nous sépare. Par contre, 5 séries de 4 bandes rugueuses sont très pénibles et c'est sur l'un de ces passages que j'entends mon pneu avant se dégonfler. Une des rustines précédentes avait une hernie et celle ci a explosé. Il me faudra 1h et 3 rustines différentes pour arriver à un travail médiocre (moi qui me prenait pour un pro), j'ai contre moi la colle achetée à Singida bien nulle, associée à une vielle rustine, plus une rustine autocollante et pour finir le trou se trouve dans la face interne de la chambre à air. Du coup, je suis obligé de pomper tous les 6km. Heureusement qu'Alfed s'est arrêté pour voir si j'allais bien et m'a indiqué où une mission catholique se situait.
 
J'y arrive après moultes regonflages et suis bien accueilli comme toujours, par soeurs Maria et Rita. Chambre et douche, repas avec Joseph. C'est décidé demain retour à singida pour changer pneu car je ne peux pas m'engager sur la piste avec ceux là, cela tombe bien Joseph y fait un aller retour.